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Les enfants tyrans

10 octobre 2019 | Parents

Les enfants ont pris le pouvoir !

Selon Marcel RUFO dans une interview pour EMINA le magazine en ligne, les enfants tyrans existent vraiment. La cause ? La nouvelle démocratie familiale confondant écoute et compréhension avec laxisme… Ce qui induit fatalement des dérives.

 

Reprenons depuis le début

  1. Les enfants tyrans c’est quoi au juste ?

Pour Marcel RUFO, les enfants tyrans sont des enfants qui « ne supportent pas la moindre frustration, qui se mettent très petits à se jeter par terre lorsqu’on leur dit que c’est le moment de prendre le bain. Alors que c’est un moment agréable » Il ajoute « Ils se mettent à crier, à donner des coups de pied, à ne plus parler, à se taper la tête contre les murs et cela de manière répétitive. Ensuite, ils ne veulent pas manger, ne veulent pas aller se coucher, ne veulent pas aller au pot. » Mauvaise nouvelle, il explique que « Du petit bébé à l’adolescent, il y a une chronologie de la tyrannie. Toutefois, cette dernière n’est pas linéaire… Il y a des enfants très sympas qui deviennent tyranniques à l’adolescence en entrant dans le conflit, les addictions, l’opposition quand on leur dit, à 14 ans, qu’ils ne peuvent pas rentrer à 3 heures du matin… »

Sauf que l’opposition dans le « non » vers l’âge de 18 mois à 3 ans, c’est normal. C’est en effet une période où l’enfant va se définir et tenter de se positionner par rapport au monde extérieur. Il acquiert une conscience morale. C’est pénible mais en réalité, surfer sur la vague avec lui et répondre à son besoin durant cette période peut réduire ce timing considérablement ! On peut alors parler de quelques jours à quelques semaines à peine !

Il s’agit simplement de soutenir cette recherche d’autonomie par des actes, des propositions qui ne porteront pas sur des sujets tels que la douche ou tout ce qui porte sur l’hygiène ou la sécurité, mais plus sur la possibilité de se donner le temps de faire les choses de la vie quotidienne avec son enfant… Et ce, afin de lui donner assez d’attention pour nourrir son estime de lui-même, et s’assurer de cette manière qu’il acquiert la capacité de se positionner… En effet, l’enfant est simplement en train de se construire et cela passera par des étapes de toute façon désordonnées puisque tel est son apprentissage naturel.

De plus, dans les cas où il se met à crier (voire se taper la tête contre les murs), c’est l’indicateur d’une souffrance plus intense… Avez-vous déjà eu envie de vous faire mal juste pour faire « réagir » votre conjoint ? Le fait de prendre le temps de comprendre et d’écouter la souffrance exprimée n’est rien d’autre que du bon sens, ou encore ce que l’on appelle « l’intelligence interpersonnelle »… Et c’est aussi un investissement durable pour l’avenir !

Essayer de décrypter et de comprendre dès le départ la souffrance de l’enfant est donc un réel gain de temps, surtout vis-à-vis d’un mal être qui – s’il n’est pas reconnu et traité – ne peut que s’accentuer au fil des ans (soit que l’enfant s’isole et s’enferme dans le silence, soit qu’il est tout particulièrement expressif à l’excès).

2. Les enfants tyrans sont donc des tyrans qui n’en sont pas

Les enfants dits tyrans sont difficiles c’est certain. Ils mettent en difficulté et « confrontent » les parents. Mais ils sont surtout là pour mettre en ligne de mire ce qui touche le parent, ce qui le perturbe et ce sur quoi il doit impérativement travailler lui-même, seule option possible qui – par voie de conséquence – lui permettra alors de réguler les comportements de son enfant qui ne pourra plus appuyer dessus.

Par exemple, ce papa venu en séance m’expliquer que son enfant refusait systématiquement de prendre son bain lorsque c’était son tour de s’en occuper. Au fil de la discussion, il a ensuite compris que lui-même ne supportait pas qu’on l’oblige à faire des choses. À partir de ce moment-là, il a commencé à proposer à son enfant différentes façons de se laver (sous la douche, dans le bain – avec ou sans mousse – ou bien au gant avec le lavabo seulement) et différents moments (le matin, au retour de l’école, avant le repas, après le repas). Dès lors, l’enfant a changé de comportement puisqu’on lui a donné la possibilité de sortir de la « pression de l’obligation » (tout en bénéficiant de l’espace nécessaire pour affirmer ses envies), ce qui a réglé le problème. Parfois son fils tente encore de « tester » mais face à la « ferme souplesse » de son père, plus aucun souci et tout rentre dans l’ordre. Du côté du papa, cette expérience a été un véritable exercice de lâcher-prise (bien que cela n’ait pas été facile), mais aujourd’hui il en est plus que satisfait.

Les souffrances peuvent donc se manifester de différentes façons et ont malheureusement tendance à s’accentuer avec le temps si elles sont incomprises ou mal appréhendées chez l’enfant. L’interprétation erronée des émotions est fréquente et pose de réels problèmes lors de tentatives pour régulariser la situation. Une chose est sûre, cela se traduit par une intolérance à la frustration de façon quasi-systématique avec un état de stress permanent. Stress qui entraine de l’anxiété et des crises de colère. L’enfant, se sentant persécuté, risque alors de se poser en victime en accusant les autres lorsqu’il est « repris » à l’école par exemple. Son attitude l’empêchera de s’insérer dans la société et de se mêler à ses camarades. Il vivra donc beaucoup de rejet de la part des autres enfants, que de surcroît il ne comprendra pas.

 

3. Le mal-être du parent

Marcel RUFO ajoute dans son interview : « comme les parents sont très attentifs à leurs enfants, ces derniers prennent le pouvoir lorsqu’ils les sentent fragiles, lorsqu’il y a des fratries, lorsqu’il y a une séparation, lorsque la mère « colle » un peu trop ou que le père est trop gentil. »

En réalité, pour l’adulte, un sentiment d’incapacité peut apparaître. Le parent se sent coupable de ne pas réussir à gérer son enfant. Le doute sur sa capacité à être parent joue en sa défaveur. Parfois les troubles de l’enfant – s’ils sont sévères – peuvent même mener l’adulte à vivre le syndrome du « parent battu », et à avoir peur de son propre enfant.  

 

 

  1. Les parents ont besoin de se refaire confiance et de poser des limites juste pour eux – et donc pour leur famille

Donc oui ! Vous avez des super pouvoirs de parents et ce n’est qu’en reprenant confiance en vous et en prenant soin de vous que vous trouverez les outils pour que vos enfants ne soient plus vos petits « tyrans ».

Par exemple si vous êtes épuisés, vos enfants le sentent et vont venir « chercher » votre présence afin de s’assurer qu’ils ne vont pas vous perdre. C’est donc « l’attachement » qui à ce moment-là peut devenir difficile à gérer. Il est important d’apprendre à vos enfants que vous aussi vous avez besoin de vous ressourcer pour être convenablement disponible pour eux…

 

Que voulez-vous qu’ils apprennent comme leçons de vie ?

Qu’il est important de se donner à son travail ou aux exigences sociales à corps perdu, même quand on est au bout du rouleau ?

Ou bien qu’il est bon d’anticiper les choses et d’apprendre à prendre soin de soi dès que l’on en ressent le besoin, et ce dans le but d’être plus préparés – et donc moins fragilisés – face aux exigences de la vie et aux demandes extérieures… ?

Finalement, une bonne douche ressourçante et non culpabilisante en rentrant du travail, tout en laissant Maria 3 ans et Phillipe 7 ans jouer avec la baby sitter 15 minutes de plus dans le salon à proximité (mais sans vous), c’est peut-être le bon plan !

Par contre, si vous en êtes déjà arrivés à un point critique de la problématique, il est important de vous faire accompagner et de ne pas rester isolé. Quel qu’en soit le degré, il est très important de pouvoir être écouté et d’avoir la possibilité de démêler la pelote qui s’est tissée dans votre esprit. 

Les enfants peuvent aussi être en souffrance par rapport à des éléments bien spécifiques, à savoir par exemple ceux vivant des « Troubles d’hyperactivité avec déficit de l’attention » (se manifestant par des états d’hyperactivité, des moments d’absence, des changements d’humeur, des problèmes de concentration et d’impulsivité). Ce trouble est toujours en lien avec l’environnement, le stress, et c’est souvent la manifestation d’une souffrance plus profonde, provenant en réalité d’une cause plus subtile.

Votre enfant peut aussi être victime de TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs), se traduisant par des pensées obsédantes obligeant ceux qui en souffrent à faire sans cesse des rituels précis. Environ 2 à 4 % de la population serait concernée par les troubles obsessionnels compulsifs, causés par une anxiété profonde.

Enfin, la « précocité » – phénomène concernant une partie croissante de la population et se caractérisant par des connexions neuronales particulières – est également source de très grande souffrance et d’incompréhension. Le regard des autres est omniprésent et le sentiment de ne pouvoir intégrer correctement le cercle social (en raison d’un trop grand décalage se creusant progressivement) est source de stress. Les émotions sont souvent exacerbées.

Toutes ces données vous donne une ou plusieurs voies pour voir les choses autrement et pour pouvoir répondre au mieux aux difficultés que la vie de famille vous demande de dépasser.

Mais vous avez les ressources en vous et avec un peu d’aide, rien n’est impossible !

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