La mémoire traumatique

14 juin 2019 | Professionnels, Parents / Enfant

La mémoire traumatique :

Chainon inconscient qui fait perdurer

la colère et les crises dans la société !

 

Dans mes écrits, je vous parle régulièrement de la mémoire traumatique.

Mais pour bien comprendre ce que c’est, je vous propose ici un FOCUS sur le sujet.

Qu’est-ce que la mémoire traumatique ?

En cas de danger, le cerveau archaïque (partie instinctive) enregistre deux stratégies : fuir ou attaquer. Mais quand ni l’un ni l’autre n’est possible, alors le cerveau se fige et entre en jeu la sidération, la paralysie.

 

neuroscience en education

 

C’est l’amygdale qui gère les émotions et qui sécrète de l’adrénaline et du cortisol (hormones de stress) dans le cerveau pour préparer l’organisme à affronter le danger (fuite ou attaque). La réaction de l’amygdale est immédiate et inconsciente.

Puis, le cortex préfrontal prend ensuite le relais, pour traiter l’information et « raisonner » sur le choix et les possibilités offertes par la situation vécue. Le cortex préfrontal éteint alors la partie archaïque qu’est l’amygdale (dans le cerveau) pour prendre ce relais au côté de l’hippocampe qui sert à émettre une analyse plus fine et mémoriser l’événement dans la partie consciente.

En cas de très grand danger, il se peut que le cortex préfrontal et l’hippocampe ne puissent s’activer convenablement pour éteindre l’amygdale. La troisième voie possible se manifeste dans le corps de la personne en danger : c’est la sidération, paralysie ou rester « bouche bée ». Ce sont les émotions qui nous font réagir mais quand les émotions sont anesthésiées (comme c’est le cas avec la sidération), la révolte, la fuite, la défense sont impossibles.

Selon les neuroscientifiques, nous savons que le cerveau de l’enfant se développe plus lentement et qu’avant 6 ans, le cortex préfrontal n’est pas mûr. En cas de danger, un enfant ne peut donc qu’agir à partir de ses émotions et mémoriser dans son inconscient les événements marquants et chargés de fortes émotions vécues.

Les enfants en cas de forte émotion ont seulement deux choix : réagir violemment par des crises de pleurs ou de colère pour évacuer le trop plein d’adrénaline et cortisol présent dans leur organisme ou se retrouver en état de sidération.

Ils n’ont pas encore l’accès direct au cortex préfrontal et à l’hippocampe puisqu’elles sont en pleine maturation. Mais ces deux réactions incombent des conséquences : c’est le fait de garder l’émotion en l’enregistrant tel quel dans l’inconscient, du coup elle est prête à ressortir dans une situation similaire.

Comment cela se passe-t-il ?

La mémoire traumatique s’applique en cas de grands traumatismes mais aussi en cas de violence verbale, physique ou de situation anxiogènes (de peurs) vécues à répétition ou non.

Quand l’amygdale reste allumée trop longtemps, le cerveau et le corps pour se protéger du taux élevé de cortisol et d’adrénaline va mettre en place une dissociation traumatique qui va durer tant que le danger perdure donc que l’amygdale reste allumée tant qu’il y a contact avec la personne à l’origine des violences ou la situation. On peut notamment penser pour l’enfant aux violences éducatives, qu’elles soient ordinaires ou graves.

En effet, cette dissociation s’opère en cas de grands et petits dangers, pourvu qu’ils soient vécus à répétition. Entendu par-là certains comportements inconscients ou même volontaires car dû à un modèle éducatif traditionnel (manquant de connaissance sur le sujet simplement). L’éducation, selon comment elle a été vécue et mise en place, comporte un grand nombre de pratiques activant le système de la peur chez l’enfant.

Concrètement c’est-à-dire ?

Par exemple :

Faire les gros yeux à son enfant peut entrainer une sidération avec toute ses conséquences.

De même que de le regarder avec colère et lui dire des choses qui peuvent le blesser « Tu es vraiment nul ! Mais qui m’a donné un enfant pareil ?!… »

De le prendre brusquement par le bras à cause d’un excès de colère, quoique légitime.

Crier, hurler et serrer les poings face à lui.

La tape ou la fessée.

Le menacer verbalement.

Toutes situations où vous pensez avoir gagner la partie parce que votre enfant vous regarde sans bouger et s’arrête net ou bien lorsqu’il vous regarde et vous sourit (comme s’il vous nargue).

Dans les deux cas, l’enfant est en état de stress et en ce qui concerne le sourire que nous prenons pour de l’insolence, c’est en réalité une façon de se « rassurer » et de remettre du lien avec vous car sa peur est si grande qu’il a besoin de vous pour la dépasser.

Ces exemples permettent de mettre en avant ce qui se passe avec nos enfants mais aussi les raisons qui font que nous avons du mal à accepter les comportements de nos enfants.

Quand votre enfant vous met en colère, cela signifie qu’il vient touché en vous un trauma particulier et si vous réagissez avec violence instinctivement, vous pouvez être sûr que cela vous ramène à une situation vécue dans votre enfance.

Mon enfant me met en colère = cette colère m’appartient entièrement = que se cache-t-il derrière cette colère ?

 

Comment faire alors ?

La bonne nouvelle c’est que nous pouvons ré accéder à ces événements pour évacuer définitivement la charge émotionnelle.

La mauvaise nouvelle c’est que la méconnaissance de la mémoire traumatique ne nous permet pas de comprendre qu’en présence d’enfant, nous sommes réactivés.

Pour l’enfant :

Découvrir les ressources existantes en éducation positive pour pouvoir agir.

Il/elle fait encore son intéressant.e

Il/elle ne supporte pas la frustration

Les neurosciences : une aide précieuse à l’éducation !

Pour l’adulte :

Connaitre les mécanismes de sa mémoire traumatique permet d’en libérer la charge émotionnelle et de ne plus être réactivé en présence de son enfant.

Un travail de thérapie et d’accompagnement peut vous y aider. 

Comment cela se passe-t-il ?

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